Formation, Landry Chauvin : « Notre objectif a toujours été de faire jouer les meilleurs joueurs »
Publié le 24 septembre 2026 à 11h07 parAvec sept joueurs formés au Stade rennais réunis en équipe de France, le centre de formation rouge et noir est particulièrement à l’honneur. Invité de l’After Foot sur RMC, Landry Chauvin, ancien éducateur et directeur de l’Académie rennaise, est revenu longuement sur les méthodes qui ont permis au club de faire émerger autant d’internationaux.
Ils sont sept. Andy Diouf, Ousmane Dembélé, Désiré Doué, Eduardo Camavinga, Adrien Truffert, Lucas Da Cunha et Jérémy Jacquet figurent tous dans la première liste de Zinédine Zidane avec l’équipe de France, après être passés par la formation du Stade rennais.
Une représentation exceptionnelle sur laquelle Landry Chauvin a été longuement interrogé dans l’After Foot. L’ancien technicien a passé une vingtaine d’années au Stade rennais, d’abord comme éducateur entre 1992 et 2007, puis à son retour comme directeur de l’Académie entre 2015 et 2019.
Pas de « Masia rennaise », mais des principes communs
Interrogé sur une éventuelle comparaison entre Rennes et la Masia du FC Barcelone, Chauvin a immédiatement apporté une nuance importante.
« Est-ce que c’est la Masia ? Non, parce que la Masia, ils ont une identité de jeu commune. Nous, on n’a jamais eu d’identité de jeu commune. Notre objectif a toujours été de faire jouer les meilleurs joueurs. On devait se débrouiller pour faire jouer les meilleurs joueurs ensemble. »
Pas de système ou d’organisation tactique imposé à toutes les catégories, donc, mais une ligne directrice commune. « On se fichait de l’organisation, ce qui nous importait c’était des principes de jeu communs connus par tous les éducateurs du club », explique l’ancien directeur de l’Académie.
Dans cette évolution de la formation rennaise, Chauvin identifie un tournant : l’arrivée de François Pinault au club en 1998. Avant cette date, Rennes devait notamment composer avec la concurrence d’Auxerre, Sochaux, Nantes, Monaco, Paris ou Lyon pour attirer les jeunes les plus prometteurs.
Avec des moyens supplémentaires, le SRFC a pu changer de dimension dans son recrutement. L’idée était alors de cibler en priorité des joueurs disposant de deux qualités fortes : l’intelligence de jeu et la technique.
Une détection locale, bretonne et nationale
La présence de sept anciens Rennais en équipe de France illustre également plusieurs facettes du recrutement effectué par le club.
Tous n’ont pas été recrutés de la même manière ni au même âge. Désiré Doué a rejoint le Stade rennais à 9 ans, Eduardo Camavinga à 11 ou 12 ans. Deux joueurs détectés très tôt dans le bassin local, ce à quoi Chauvin accordait une importance particulière.
Lorsqu’il dirigeait l’Académie, il explique qu’il était « hors de question » d’aller chercher ailleurs avant d’avoir pleinement conscience du potentiel qui existait déjà au sein du club.
D’autres sont arrivés plus tard. Ousmane Dembélé a rejoint Rennes au moment de la préformation, tout comme Adrien Truffert, arrivé vers 15 ans en provenance de Chartres.
Lucas Da Cunha constitue un autre cas de figure. Son recrutement est né d’une information transmise au Stade rennais. « On reçoit un coup de fil, c’est un tuyau, et puis on fonce », raconte Chauvin, alors que Rennes disposait déjà d’Adrien Truffert dans cette génération. Jérémy Jacquet avait lui été identifié dès 13 ans par les recruteurs du club en région parisienne, avant de s’engager très tôt avec Rennes.
Des parcours différents qui résument, selon Chauvin, la politique menée à l’époque : « Elle était à la fois locale, bretonne, mais aussi nationale. »
L’environnement familial, un critère essentiel
Pour Chauvin, les sept joueurs actuellement réunis à Clairefontaine partagent surtout un élément. « Le seul point commun entre tous, c’est la stabilité familiale. Et ça, c’est familial et environnemental. Et ça, c’est vraiment très important. »
Le Stade rennais ne se contentait ainsi pas d’évaluer le joueur sur le terrain. L’ancien directeur de l’Académie explique qu’aucun jeune n’était recruté sans qu’un membre du club ne se soit rendu au moins une fois à son domicile. Les nombreuses rencontres organisées ensuite avec les parents permettaient aux éducateurs de connaître précisément l’environnement dans lequel évoluait le joueur.
Un entourage jugé trop complexe pouvait même mettre fin au processus de recrutement. La multiplication des intermédiaires autour d’un très jeune joueur faisait partie des signaux auxquels Rennes prêtait attention, Chauvin privilégiant une relation de confiance directe avec la famille.
La démarche fonctionnait également dans l’autre sens : lors d’une visite à Rennes, les parents étaient amenés à rencontrer les différentes personnes susceptibles d’accompagner leur enfant au quotidien, bien au-delà du seul entraîneur.
« Un entraîneur pro ne fait pas jouer les jeunes parce qu’il aime les jeunes »
Son expérience sur des bancs professionnels a aussi modifié le regard de Chauvin sur la dernière étape de la formation.
Après son premier passage à Rennes, le technicien a notamment entraîné Sedan, Nantes et Brest, avant de revenir vers la formation. Un parcours qui lui a permis de mieux mesurer l’écart entre la logique d’un éducateur et celle d’un entraîneur professionnel.
« Un entraîneur pro ne fait pas jouer les jeunes parce qu’il aime les jeunes. [...] Il fait jouer le joueur qui fera gagner son équipe et il se fout de l’âge. »
Un message qu’il explique avoir notamment transmis à Lucas Da Cunha, comme à d’autres jeunes parfois impatients de franchir les dernières étapes menant à l’équipe première.
Pour Chauvin, la distinction est fondamentale : le travail effectué au centre ne doit pas être évalué à travers les résultats immédiats des équipes de jeunes.
« Le formateur est un formateur de joueurs, pas un formateur d’équipe. Le formateur d’équipe, c’est l’entraîneur pro. Le formateur de joueurs, c’est celui qui bosse au centre de formation dans l’ombre et qui est content quand il voit un des garçons qu’il a eu à un moment donné apparaître en équipe première. »
Détecter le potentiel plutôt que le physique du moment
Cette conception implique également d’accepter de se projeter plusieurs années plus tard. Chauvin regrette notamment la tendance à privilégier, dans certaines catégories de jeunes, des joueurs plus avancés physiquement et donc immédiatement performants.
À Rennes, l’objectif était au contraire de détecter un potentiel susceptible de s’exprimer une fois le développement physique achevé.
Plusieurs des joueurs aujourd’hui internationaux étaient encore particulièrement frêles lorsqu’ils ont été recrutés, Chauvin citant notamment Truffert, Diouf, Da Cunha et Doué parmi ces « gringalets ».
Deux critères primaient alors : « l’intelligence de jeu et le rapport joueur-ballon, le côté technique ».
Le reste pouvait venir avec le temps. « On savait que ce qu’on allait leur apporter, ils allaient se remplir, entre guillemets, comme on dit aujourd’hui, et il fallait juste être patient », résume Chauvin.
Une patience qui peut expliquer certains parcours moins linéaires. Pour trois joueurs, le potentiel international apparaissait toutefois très tôt aux yeux de l’ancien directeur de l’Académie.
« Trois étaient voués à une carrière internationale, peu importe qu’ils aient été à Rennes ou n’importe où », estime-t-il au sujet d’Ousmane Dembélé, Désiré Doué et Eduardo Camavinga. Pour les autres, « c’est leur travail, c’est leur parcours. Et sincèrement, c’est eux qui sont allés le chercher ».
Le paradoxe actuel de la formation rennaise
Cette réussite intervient pourtant dans une période particulière pour le Stade rennais. Alors que sept joueurs passés par l’Académie sont réunis avec les Bleus, les joueurs formés au club occupent actuellement une place réduite en équipe première.
Trois journées plus tôt, aucun joueur formé au Stade rennais ne figurait ainsi sur la feuille de match, une situation qui ne s’était plus produite depuis 24 ans selon Chauvin.
Interrogé sur ce paradoxe, Chauvin se garde de se montrer trop critique envers son ancien club, auquel il se dit toujours très attaché. Il souligne notamment que plusieurs jeunes Rennais continuent d’être convoqués dans les différentes sélections nationales et estime que « la relève est là ».
Mais le contexte a changé. Le premier contrat professionnel est désormais signé de plus en plus tôt, parfois avant que le joueur soit réellement prêt pour l’équipe première.
« Aujourd’hui, le premier contrat pro, il faut pas se voiler la face, c’est l’ancien contrat stagiaire. Ça n’a de nom que le pro », résume Chauvin.
Une évolution à laquelle Rennes a dû s’adapter, notamment après avoir vu certains de ses meilleurs jeunes quitter leur club formateur avant même de pouvoir s’y imposer. Chauvin cite notamment les exemples de Sofiane Diop et Wilson Isidor, partis à Monaco.
Le contrat professionnel sert désormais aussi à sécuriser la suite de la formation. « Aujourd’hui, on protège les joueurs avec le contrat pro pour prolonger simplement leur formation parce qu’on sait que le contrat stagiaire est devenu quasiment obsolète. »
Une formation dont la première liste de Zinédine Zidane offre aujourd’hui une magnifique vitrine, avec ces sept joueurs aux trajectoires très différentes passés par le centre de formation du Stade rennais et réunis au même moment chez les Bleus.