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Un œil dans le rétro : Rennes - Marseille en 1971
mardi 8 mars 2011 - 16:24 - par
Rodighiero
En marge de la rencontre opposant le Stade rennais à Marseille pour le compte de la 27e journée du championnat de France de Ligue 1, Stade Rennais Online vous propose de revisiter une rencontre historique disputée entre les deux clubs, le 1er juin 1971 au parc des sports de la route de Lorient.
Une chose est sûre, l’Olympique de Marseille n’a jamais laissé indifférent le public breton. Et s’il y a bien une rencontre qui a marquée la mémoire des vieux supporters "Rouge et Noir", c’est bien celle disputée entre les deux clubs pour le compte des demi-finales de la Coupe de France, le 1er juin 1971. Flash-back sur ce grand moment de l’histoire du Stade Rennais FC.
Le film de l’exploit
Pour arriver dans le dernier carré de l’épreuve reine de l’hexagone, les protégés de Jean Prouff ont successivement éliminé le club amateur de Quevilly (4-1) en 32es de finale, puis l’Entente BFN [1] (2-0) lors du tour suivant, avant de se défaire difficilement de Mantes-la-Ville et enfin de l’AS Monaco lors des quarts de finale de la compétition (défaite 0-2 sur le Rocher rattrapée par un 4-0 à Rennes).
L’ogre phocéen se présente alors sur la route dorée de l’équipe stadiste, fort de ses deux titres de champion (1937 et 1948) ainsi que des sept coupes de France qui ornent déjà la majestueuse vitrine du club du Vieux port. L’OM se dresse tel un épouvantail de l’épreuve sur la voie royale du SRFC, menée par son attaquant-vedette Josip Skoblar (44 buts lors de la saison régulière, record toujours en cours), véritable artilleur en chef du championnat de France. Bien parti pour remporter un troisième titre, l’entraîneur marseillais Lucien Leduc annonce qu’il rêve de réaliser le doublé coupe-championnat. Les joueurs rennais sont prévenus, Marseille ne prendra pas ce duel par-dessus la jambe.
Avant la double confrontation, la coïncidence veut que les joueurs rennais aillent affronter une première fois l’OM au stade vélodrome, et ce quelques jours seulement avant la première manche, pour le compte de la 34e journée du championnat de D1. Les "Rouge et Noir" sont sévèrement battus (0-5, dont un quadruplé de Skoblar), mais Jean Prouff a déjà son idée en tête et a facilement déterminé ce qui sera la priorité de la fin de saison bretonne.
Il décide alors d’aligner une équipe new-look, titularisant d’habituels remplaçants et permutant les postes de certains cadres de l’équipe (le défenseur René Cédolin débutera ainsi au milieu de terrain, dans le but de leurrer l’adversaire phocéen). Prouff l’annonce lui-même à l’issue de la rencontre : « jeudi, tout sera différent ». Et effectivement, quatre jours seulement après la valise reçue en championnat, et malgré la pression constante des 33 211 supporters marseillais présents pour l’occasion, les joueurs rennais tiennent longtemps la dragée haute à la dream team phocéenne, ne s’inclinant finalement que par la plus petite des marges (1-0, but de l’inévitable Skoblar), et conservant intactes ou presque leurs chances de qualification pour la finale.
28 mai 1971 - SRFC (match aller) : Aubour - Cosnard, Cédolin, Chlosta, Cardiet - Garcia, Naumovic - Lenoir, Guy, Betta, Rico. (Entr. : J. Prouff)

La demi-finale retour sent la poudre comme jamais. La veille du choc, Skoblar et Rico affirment que "celui qui gagnera à Rennes remportera la coupe". La rencontre au sommet entre les deux clubs s’annonce captivante. Les vingt-deux acteurs pénètrent dans un stade de la route de Lorient plein à craquer pour l’évènement, et où il règne une ambiance de folie. Un "Ave Maria" accompagne également l’entrée des joueurs sur le terrain. Pas moins de 27 194 spectateurs [2] sont venus s’entasser dans les gradins, sur les toits des différentes tribunes, voire sur les pylônes pour les plus kamikazes d’entre eux. "Il y avait du monde partout, avec même des praticables devant les tribunes" se souvient André Guy.
L’exploit est en marche. Dès le début de la rencontre, ce même André Guy n’est pas loin de trouver le chemin des filets, suite à un tir de Robert Rico détourné par un défenseur olympien sur le poteau d’Escale. À la demi-heure de jeu, Guy croit finalement ouvrir le score, mais son but n’est pas validé par l’arbitre, ce dernier ayant sifflé une position de hors-jeu de l’attaquant stadiste. Deux minutes plus tard, c’est hélas Marseille qui trouve l’ouverture contre le cours du jeu, grâce à une réalisation de l’attaquant international Charly Loubet, consécutif à un dégagement raté de René Cédolin (31e).
Au pied du mur et dans l’obligation de marquer deux fois [3], les Rennais reviennent à la hauteur des Phocéens juste avant le repos. Suite à un coup-franc, Alain Cosnard prolonge le ballon de la tête pour Guy qui ne se fait pas prier pour égaliser au second poteau (1-1). À l’heure de jeu, le Stade rennais parvient même à refaire son retard : sur une contre-attaque rondement menée, Betta est séché dans la surface de réparation, mais l’action se poursuit et le centre parfait de Keruzoré parvient à Guy qui marque une nouvelle fois de la tête (2-1 à la 61e), plongeant le stade de la route de Lorient dans un état d’euphorie totale.
La fin de la rencontre, puis la prolongation de deux fois quinze minutes ne réussissent pas à départager les deux formations. Pour la première fois de son existence, le Stade rennais doit débuter une séance de tirs au but (qui constitue alors une grande nouveauté, ayant remplacé un an plus tôt le tirage au sort à la pièce jetée). Cardiaques s’abstenir. Son gardien tropézien, le pagnolesque Marcel Aubour, y réalisera des prouesses et trahira ses frères provençaux.
Il voit tout d’abord le tir de Skoblar, décontenancé par l’aura de ce dernier, passer hors de sa cage, là-bas côté Mordelles. Comme quoi les artistes ont aussi leurs faiblesses. De leur côté, ses coéquipiers Lenoir et Guy ne ratent pas la cible et donnent l’avantage au club de la capitale bretonne. Puis Roger Magnusson, "le magicien de l’OM", inscrit également son tir au but. Aubour est ensuite décisif en arrêtant avec brio la tentative d’Édouard Kula, ce qui provoque l’envahissement du terrain par le chaud bouillant public stadiste, peu habitué à ce nouvel exercice, et qui pensait la rencontre terminée.
M. Frauciel a alors du mal à faire reprendre la séance. Et si André Betta manque également sa tentative qui aurait pu donner définitivement la victoire aux "Rouge et Noir", Aubour est encore là pour détourner celle de Jean-Louis Hodoul, devenant le héros de la qualification stadiste. La foule en liesse envahit le terrain. L’enceinte rennais vient de vivre l’une de ses plus fortes soirées. Marcel Aubour est porté en triomphe par une horde de supporters survoltés. Trois tirs au but à un en faveur de Rennes, et six ans après leur première victoire, les Bretons se retrouvent une nouvelle fois en finale de la Coupe de France. Près de quarante ans plus tard, le rendez-vous du 1er juin 1971 constitue toujours aux yeux de beaucoup le match de référence absolu du SRFC !

Ils diront
Rapport qualité-prix, André Guy a constitué une magnifique aubaine pour le SRFC. Resté moins d’une saison avec la tunique rouge et noire (de janvier à juin 1971), il aura marqué l’unique but de la finale contre Lyon, "mais aussi les deux du match retour contre Marseille en demi-finale" se souvient l’ancien attaquant stadiste. "À l’aller au stade vélodrome, nous avions été battus 1 à 0. Au retour, Loubet avait ouvert la marque (31e) avant que j’égalise de la tête juste avant le repos". André Guy restera à jamais le buteur providentiel de l’année 1971.
En réalisant deux grandes prestations face à Marseille, le SRFC voit s’ouvrir toutes grandes les portes du stade de Colombes qui vit alors sa dernière finale. On connait maintenant l’épilogue heureux de l’histoire. "Beaucoup d’émotions" se rappelle Jean Prouff, l’entraîneur de l’époque. À la fin de la rencontre, tout le monde était debout. Après le match, ce fut la grande fête en ville. Pourtant au niveau du jeu, ce ne fut pas extraordinaire", commente un coach toujours autant amoureux du beau football.
Alain Cosnard, le latéral droit rennais en 1971 se souvient également très bien de cette rencontre d’anthologie : "En demi-finale, c’était Marseille, et c’est là le plus grand souvenir car l’OM était champion de France en titre. Réussir à les éliminer sur deux matches fut quelque chose de remarquable. Et pourtant nous avions disputé un match de championnat, à Marseille justement, trois jours avant la première confrontation en coupe et nous avions perdu 5-0. Jean Prouff avait volontairement aligné une équipe inhabituelle pour leurrer les Olympiens, plaçant les joueurs à des postes auxquels ils n’avaient jamais évolué. Marseille s’imposa ensuite 1-0 lors du premier match de coupe mais éprouva de grosses difficultés à nous battre. Le match retour à Rennes fut exceptionnel. Les gens étaient dans les peupliers, sur les pylônes et sur les toits des tribunes, c’était vraiment extraordinaire. Ce fut un match épique, on s’est trouvé mené avant la demi-heure de jeu mais on ne s’est jamais affolé, on était sûr de se qualifier. Jean Prouff était vraiment un visionnaire, il nous avait dit avant la rencontre que nous allions nous qualifier en prenant d’abord un but mais que nous passerions aux tirs au but. On est revenu logiquement à la marque et la victoire sur l’ensemble des deux matches fut logique".
Feuille de match
Rennes 2 - 1 Marseille (3-1 t.a.b.)
Coupe de France, demi-finale retour
Mardi 1er juin 1971
Stade de la route de Lorient
Affluence : 27 194 spectateurs
Buts : Guy (44e et 61e) pour Rennes ; Loubet (31e) pour Marseille
Séance de tirs au but :
Lenoir (1-0)
Skoblar (au-dessus, 1-0)
Guy (2-0)
Magnusson (2-1)
Chlosta (3-1)
Kula (arrêté par Aubour, 3-1)
Betta (à côté, 3-1)
Hodoul (arrêté par Aubour, 3-1)
Stade rennais : Aubour - Cosnard, Cédolin, Chlosta, Cardiet - Garcia, Naumovic - Guy, Keruzoré (puis Lenoir), Betta, Rico. (Entr. : J. Prouff)
Olympique de Marseille : Escale - Lopez, Hodoul - Zvunka, Kula, Novi - Gress (puis Leclercq), Bonnel, Magnusson, Skoblar - Loubet. (Entr. : L. Leduc)
Sources :
http://staderennais.le-site.info
Archives Ouest France
om4ever.com
« Le Stade rennais, fleuron du football breton » de Claude Loire, Ed. Apogée.
Sources photos :
srfc.frenchwill.fr
om4ever.com