Accueil > Pros > Saison 2011-2012 > Interviews > Stéphane Grégoire : « En 2007, j’aurais pu revenir au Stade Rennais » (1re partie)
Stéphane Grégoire : « En 2007, j’aurais pu revenir au Stade Rennais » (1re partie)
lundi 23 janvier 2012 - 19:34 - par
Duhault
Pendant cinq années (1997-2002), Stéphane Grégoire fut l’un des fleurons du Stade Rennais, portant près de deux cent fois les couleurs du club avec une générosité et des valeurs qui le caractérisent si bien. Joueur éminent, aujourd’hui entraîneur et directeur sportif de l’USM Saran, l’ancien thouarsais n’a peut-être pas définitivement dit adieu à Rennes. Confessions.
Stade Rennais Online : Depuis un peu plus d’un an, vous vous occupez de l’USM Saran, club évoluant en Division d’honneur. Quel est votre rôle ?
Stéphane Grégoire : « J’ai une double fonction. Je suis à la fois directeur sportif et entraîneur de l’équipe première du club en Division d’honneur. Je m’occupe de l’encadrement, du suivi des éducateurs - car j’en ai vingt-trois tout de même -, tout en suivant les différentes catégories de jeunes du club. »
SRO : Pouvez-vous nous exposer le projet du club ? Et quelle est la place de l’USM Saran dans le football du Centre ?
S.G. : « Depuis quelques années, l’USM Saran est un club qui n’est pas forcément bien positionné dans l’échiquier du football de l’agglomération d’Orléans. La satisfaction, c’est que le club compte tout de même 450 licenciés, ce qui n’est pas rien. Aujourd’hui, le projet c’est de travailler autour de toutes les catégories pour les ramener au niveau régional. Quand je suis arrivé, on n’avait qu’une équipe qui y était. Là, on en a trois et on travaille pour en avoir au moins cinq à l’avenir. Progressivement, on tentera d’y parvenir pour bien travailler avec la formation, dans le but de bien évoluer au niveau national. »
SRO : Vous avez les moyens d’atteindre cette mission ?
S.G. : « Jusqu’au niveau CFA2, oui. Au-dessus, ce sera plus compliqué. Au niveau économique, on a une possibilité d’évoluer à ce niveau, pas plus. Mais le but, c’est vraiment de stabiliser le club en donnant la possibilité à nos jeunes de jouer au niveau régional. C’est le premier projet de l’USM Saran. On travaille un peu avec l’US Orléans puisque je suis dorénavant passé de l’autre côté. Quelques jeunes rejoignent ce club, d’autres viennent chez nous... »
SRO : Votre départ de l’US Orléans en juin 2009 avait surpris beaucoup de personnes à l’époque. Cet épisode, surtout la dernière année, vous reste t-il en travers de la gorge ?
S.G. : « Pas du tout. J’avais signé pour deux ans à Orléans en annonçant mon intention de faire monter le club en National. Et si ce n’était pas le cas, cela ne me dérangeait pas de partir. La dernière année, la montée s’est jouée sur le dernier match à Plabennec, rencontre que l’on perd. Donc, on n’est pas monté et mon contrat arrivait à expiration. En dehors de ça, j’avais eu quelques accrochages avec une personne du club qui avait pris beaucoup d’ampleur, avec laquelle je n’étais pas forcément en accord. Mais six mois après mon départ, elle s’est faite virer... »
SRO : Au niveau de votre métier d’entraîneur, votre méthode se rapproche t-elle d’un entraîneur que vous auriez côtoyé durant votre carrière ?
S.G. : « Je tente de mêler le bon et le pas bon en faisant principalement ce qui colle à ma personnalité. Je préfère que ce soit ma vision, pas celle d’un autre. »
SRO : Vous êtes quelqu’un d’engagé, puisque vous êtes fondateur d’une association en faveur des handicapés. Parlez-nous-en.
S.G. : « En dehors du football, je travaille au comité handisport du Loiret. J’ai obtenu une licence après mon intermède à Orléans en reprenant mes études pour intervenir au niveau des handicapés. Tout simplement parce que j’avais eu l’occasion de participer à une manifestation et cela m’intéressait. J’ai retrouvé les valeurs du football que j’avais perdu avec les professionnels. Là, je prépare un Master pour devenir enseignant dans ce domaine. J’interviens dans les structures, les foyers de vie, chez les handicapés moteur. Et à côté de ça, j’ai monté une association dirigée vers les handicapés mentaux, l’AVSA 45 (Association Vivre son Sport Autrement, ndlr). Mais pour le moment, avec le football et mon travail, je n’ai pas encore eu le temps de la développer. Mais j’ai vraiment à cœur de travailler avec ce public. Le football est très apprécié des handicapés, et on sent qu’ils sont demandeurs, qu’ils apprécient beaucoup ce sport. C’est une activité que l’on peut pratiquer pour la rééducation ou juste pour le plaisir. Cependant, je suis habilité à pratiquer d’autres sports avec eux, comme le basket... »
SRO : L’individu et sa progression individuelle sont des points fondamentaux pour vous. Comment se fait-il que les clubs formateurs français n’aient jamais pensé à vous ?
S.G. : (rires) « Si j’ai fait une erreur il y a quelques années, c’est bien celle-ci. J’ai passé mon DEF (Diplôme d’entraîneur fédéral, ndlr) en même temps que je jouais. En fait, le football niveau National m’intéressait beaucoup. Et je me suis aperçu au final que ce n’était pas ce que je recherchais. C’est vrai que la formation a une place importante pour moi. L’erreur est peut-être là. J’ai toujours conservé de bons rapports avec Patrick Rampillon (directeur du centre de formation du Stade Rennais, ndlr), et au lieu de prendre la direction d’Orléans en 2007, j’aurais peut-être dû prendre celle de Rennes et éventuellement travailler là-bas. J’avais été sensible au discours de Patrick Rampillon, car c’est un de ceux qui me disait souvent « on peut t’accueillir à Rennes ». Aujourd’hui, j’ai aussi mis le côté familial en avant, j’ai des garçons entre seize et dix-huit ans qui sont bien installés dans la région. Ils n’ont pas forcément envie de bouger. »
SRO : Surtout que vous connaissez bien Pierre-Emmanuel Bourdeau (entraîneur de la deuxième équipe U17 du Stade Rennais, ndlr) ?
S.G. : « À part Pierre-Emmanuel, je connais beaucoup de personnes qui sont au centre de formation. Je pense à Laurent (Huard, entraîneur du CFA2), Régis (Le Bris, entraîneur des U19), Yannick (Menu, entraîneur des U15). Il y a aussi Phillipe Barraud (coordinateur du recrutement du centre de formation). Ma femme et moi, nous étions sensibles à cette proposition, dans le sens où on apprécie beaucoup la Bretagne, on y connait encore des personnes. Mais ça ne s’est pas fait pour diverses raisons. »
SRO : Et quand les enfants seront élevés ?
S.G. : (rires) « On verra bien. Je connais bien Patrick (Rampillon), on est originaire de la même région. On s’apprécie beaucoup mutuellement. Pour l’instant, j’ai entrepris autre chose. »
SRO : Thouars reste un club particulier pour vous. Un challenge dans le club de votre cœur n’a jamais été à l’étude ?
S.G. : (catégorique). « Je suis peut-être un peu c... mais je dis souvent que nul n’est prophète en son pays. Le président (Gabriel Banchereau, ndlr) m’avait appelé il y a deux ans pour reprendre le club. Après Orléans, j’avais déjà refusé des clubs de CFA, un poste d’adjoint en Ligue 2, mais je ne souhaitais pas bouger du Loiret. Thouars est particulier pour moi mais, par principe, je ne souhaitais pas retourner dans mon club d’origine. »
SRO : On ne le sait pas trop mais vous avez débuté à seize ans dans le football semi-amateur. C’est une performance peu commune quand même.
S.G. : « C’est comme si un jeune de seize ans débutait aujourd’hui avec la réserve d’une équipe professionnelle. Il y en a peut-être de moins en moins, c’est vrai. Après, c’est différent de maintenant, les clubs amateurs ne sont plus les mêmes. C’est une expérience qui m’a permis de progresser avec Bertrand Marchand, qui était alors aux commandes du club. J’ai joué quasiment à tous les niveaux à Thouars où j’ai joué pendant treize ans, jusqu’à ce que Patrick Rampillon, toujours lui, ne cesse de m’inciter à venir rejoindre le Stade Rennais en tant que joueur. »
SRO : Pourquoi avoir autant tardé à rejoindre le football professionnel alors que Rennes avait fait des pieds et des mains pour vous recruter ?
S.G. : « Ce sont les aléas de la vie. J’avais un bon travail, ma femme était institutrice, je jouais en amateur dans une division plus que convenable. Ce sont les réponses que je donnais au Stade Rennais lorsqu’il souhaitait que je signe chez eux. Personnellement, à l’époque, je n’avais pas besoin de plus. Au final, le fait de ne pas avoir eu le poste qui allait en concordance avec mon examen de la fonction publique m’a enfin décidé de changer de voie. La proposition de Patrick Rampillon est revenue sur le tapis, et je ne voulais pas avoir de regrets plus tard. Quitte à me planter, je voulais essayer, et si je n’avais pas percé au haut niveau, j’aurais tout simplement fait autre chose. J’étais vraiment parti dans cette idée-là. J’aurais pu être ridicule, je le sais, mais au pire, j’aurais joué en National 2 (niveau auquel évoluait la réserve rennaise à l’époque, ndlr). Et si ça passait mal, je serai reparti dans un club amateur ou revenu à Thouars, tout simplement. »
SRO : Vous considérez-vous comme une anomalie dans le milieu du football, sachant que beaucoup de personnes veulent faire ce métier, alors que vous, de votre côté, vous l’avez repoussé pendant quelques années ?
S.G. : « Oui et non. Je n’étais pas plus attiré que ça par le fooball professionnel. J’avais un boulot qui me plaisait, je vivais dans ma région, donc j’étais bien. Benjamin Corgnet de Dijon, c’est un peu pareil. Il n’aspirait pas à ça, il passait tranquillement son BTS Opticien et il est revenu dans le milieu du football professionnel un peu par hasard. Il y a beaucoup de joueurs dans le milieu amateur qui ont cet état d’esprit. »
SRO : La présence de Nicolas Goussé (ex-Thouarsais lui aussi) à Rennes a t-elle pu faire pencher la balance au niveau de votre venue au Stade Rennais ?
S.G. : « Pas forcément. Nicolas était plus jeune que moi. C’est plus la présence de Bertrand Marchand qui a pu jouer, appuyer les choses pour ma signature à Rennes. »
Retrouvez demain la deuxième partie de cette interview de Stéphane Grégoire, qui reviendra plus précisément pour nous sur son passage au Stade Rennais.